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Votre argent en 2005


Ce sont les experts de Fidelity Investments, le plus grand gestionnaire mondial de fonds, qui l'affirment: 2004 aura été «une année d'extrêmes». Envolée des prix des matières premières, du pétrole en particulier, dont les cours ont atteint leur plus haut niveau depuis vingt ans; dégringolade du dollar à son niveau le plus bas depuis dix ans... La planète économique a été secouée. En même temps, en France et sur le plan financier, professionnels ou particuliers ont semblé paralysés, comme saisis par une sorte d'attentisme collectif. Ceci explique peut-être cela. Face à l'ampleur des déséquilibres, sans grande visibilité, beaucoup ont préféré faire le dos rond.

Mais l'année qui s'ouvre pourrait bien marquer la fin de cet immobilisme. Selon les équipes de consultants du Bipe, «2005 sera assez différente de 2004, au moins dans trois domaines importants: le logement, l'assurance-vie et l'épargne liquide». Les investissements dans l'immobilier tendraient ainsi à se stabiliser et la croissance du chiffre d'affaires de l'assurance-vie devrait ralentir. Quant aux placements liquides, comme les livrets - refuges traditionnels des particuliers - ils pourraient refluer, en raison d'un certain retour à la confiance, au profit de la Bourse et, notamment, des actions des sociétés cotées. «L'ouverture prochaine du capital ou la privatisation de plusieurs groupes publics, comme le géant du nucléaire Areva ou EDF, devraient stimuler les investisseurs, toujours très sensibles aux effets d'offre», note Cyril Blesson, responsable du pôle services financiers du Bipe.

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Mais, quoi qu'il en soit, ces mouvements s'effectueront en douceur. Pour au moins trois raisons. D'abord, les Français font preuve d'une prudence légendaire. Interrogés par Le Figaro (1), plus de la moitié d'entre eux (53%) déclarent qu'ils investiraient en priorité dans l'immobilier s'ils disposaient d'une somme d'argent à placer. 9% seulement, en revanche, se tourneraient vers les actions cotées et 4% vers les obligations. Seul l'or (3%) est à ce point boudé! Ensuite, les incertitudes économiques demeurent fortes, que ce soit l'évolution des taux de change ou la vigueur de la croissance (liée au chômage, aux taux d'intérêt...). L'aversion envers le risque restera donc élevée. Enfin, des changements de comportements patrimoniaux, par-delà les arbitrages dictés par la conjoncture, s'opèrent en profondeur. Il faut, désormais, compter avec eux. Depuis quatre ans, l'endettement des ménages s'envole sous l'impulsion des nouveaux crédits à l'habitat (+ 14% en 2004!) et la durée des prêts ne cesse de s'allonger. «Le vieillissement de la population, ajoute Blesson, devrait également entraîner un léger reflux du taux d'épargne.» Avec le passage à la retraite, ces prochaines années, des générations du baby-boom, on assistera encore à des sorties importantes de capitaux placés en assurance-vie.

Pour l'heure, que possèdent les Français et comment est réparti leur patrimoine? Selon la dernière «photo» prise par l'Insee, réalisée voilà tout juste un an, plus de 60% des ménages disposaient d'un patrimoine immobilier et plus de 90% d'un patrimoine financier sous forme de placements liquides ou d'épargne plus longue (valeurs mobilières). Plus précisément, 83,2% détiennent un ou plusieurs livrets non imposables (livret A, livret jeune, etc.), alors que la part des livrets fiscalisés continue de baisser. L'épargne-logement, elle, reste stable (41,3%) et celle en vue de la retraite marque le pas (43,7%).

Autre constat: après avoir nettement progressé entre 1998 et 2000, le nombre des actionnaires, échaudés par le krach qui a suivi, a retrouvé son niveau de 1992 (24,2%). Au passage, l'Insee fait une observation: si près de 70% des ménages ayant plus de 450 000 € de patrimoine possèdent des titres, c'est le cas de seulement 1,7% de ceux disposant de moins de 3 000 €. Mais la surprise la plus notable vient du boom de l'épargne salariale, portée par des mesures fiscales incitatives et détenue, aujourd'hui, par plus de 4,5 millions de personnes.

Au total, et pour la deuxième année d'affilée, le patrimoine des ménages, selon les estimations du Bipe, a encore crû à très vive allure en 2004 (+ 9,6%), «pour beaucoup, en raison de la hausse soutenue du prix des logements». Mais, en 2005, cette progression devrait se réduire de moitié. L'évolution du marché boursier sera, certes, un peu plus favorable que l'an dernier, mais elle ne compensera pas la décélération des prix de l'immobilier.

(1) Sondage TNS-Sofres-Le Figaro, en partenariat avec La Poste, auprès de 1 003 personnes (septembre 2004).

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